Cet instant où tout a basculé dans ma tête…

Cet instant où tout a basculé dans ma tête…

Peut-être l’avez-vous vécu vous aussi. Cet instant où vous ne vous sentez plus au bon endroit. Au bon moment. Ce déclic qui vous indique jusque par des maux physiques que vous n’êtes pas à la bonne place. Cela m’est arrivé deux fois. Il faut dire que j’ai une vie riche en situations inhabituelles.

Cet instant-ci était différent.

Il était plus puissant en signification.

Il y a d’abord eu les vertiges. Puis les nausées. Et ensuite ces picotements et douleurs dans tous les membres de mon corps. Je ne crois pas que ce soit la grippe.

Mon corps s’est mis à m’alerter.

Mon cerveau n’arrivait plus à connecter avec ce que j’avais à faire. Je suis restée durant une heure trente, assise à mon bureau face à mon écran, la souris dans la main droite, sans savoir sur quelle fenêtre de logiciel cliquer. Outlook ou le fichier word ?

Impossible de répondre.

J’avais beau essayer, je n’y arrivais pas.

Je me suis levée et me suis rendue à la fenêtre qui donnait sur les prés d’en face.

Les chevaux étaient calmes. Ils m’ont immédiatement ramenée à l’instant présent.

Contrairement à nous, le cheval ne réfléchit pas en permanence. Il n’anticipe pas. Il ne s’inquiète pas. Il se concentre sur l’instant présent. 

J’ai réalisé que l’environnement dans lequel j’étais ne me convenait pas et affectait ma santé. J’ai aussi compris que ma vie méritait d’être réétudiée dans son ensemble : correspondait-elle encore à mes valeurs ? L’atmosphère dans laquelle j’évoluais était-elle saine pour moi ? Etais-je guérie de tout mon passé ? Pourquoi mon cerveau n’arrivait plus à réfléchir ?

J’ai eu peur.

Très peur.

L’instant d’une seconde je me suis demandée ce que j’allais devenir si je ne parvenais plus jamais à faire passer les mouvements de mon esprit à mon corps.

Ma plus grande peur : ne plus pouvoir maîtriser ma vie.

Puis je me suis raisonnée : il faut que tu t’arrêtes MAINTENANT.

Cela faisait plusieurs semaines que je dormais mal. Pas de nuits complètes, un mental qui tournait à cent à l’heure et des problèmes alimentaires.

La culpabilité a frappé à ma porte : j’étais incapable de me satisfaire d’un emploi « convenable ». Je n’arrivais pas à m’en « contenter ». C’était le processus d’auto-sabotage qui me traversait l’esprit en cet instant.

Mon emploi n’avait pas de sens pour moi et cette surcharge de dossiers qui était arrivée avait été le trop plein. Cette journée s’est terminée avec un arrêt de travail.

C’est là que tout a commencé.

Les mois précédents, j’avais déjà pris rendez-vous chez mon médecin sentant que quelque chose n’allait pas dans mon corps et que ma tête commençait à fatiguer. Mais j’annulais à chaque fois, trouvant des excuses et toujours une raison pour tirer sur la corde. Je m’estimais « assez forte » pour m’en sortir toute seule comme toutes ces années d’ailleurs. Après tout, il y aurait bientôt les vacances et ce travail n’était pas si compliqué, .. où était le problème ? Honnêtement, j’avais traversé des épreuves bien plus compliquées psychologiquement que celle-ci, alors pourquoi ne pourrais-je pas m’en sortir seule et tranquillement aussi cette fois-ci ?

Un schéma se répétait, quelque chose n’avait pas encore été compris. Je persistais sur la fausse route pour moi et on aurait dit que l’univers, après plusieurs signes répétés, tenait à me le faire comprendre.

J’avais fait des choix en étant dirigée par la peur et je m’étais rendue à ce point-là. Pensais-je réellement pouvoir dépasser tout ce que j’avais vécu depuis tant d’années sans jamais « craquer » réellement une fois ? Rester forte et tenir le cap sans jamais flancher ?

Avais-je vraiment dépassé modifié certains fonctionnements ? L’inconscient joue des tours !

Mon passé, si tourmenté avec de nombreuses situations où mes valeurs avaient été mises à rude épreuve,  ne s’était pas digéré aussi facilement que ce que j’avais imaginé. En fait, j’avais été fragilisée au fil du temps, mon cerveau était plus délicat et sa « puissance » semblait avoir diminué en gestion de « crise » ou de confrontation à des valeurs qui n’étaient pas les miennes.

Pensais-je ne jamais devoir en payer le prix ? M’en sortir en restant sourde à ce qui se passait à l’intérieur de moi ?

Nager à contre-courant plusieurs fois dans ma vie m’avait pris tant d’énergie que le couvercle de la marmite avait sauté. Cette fois-ci, je ne m’en sortirais pas seule. Ma fierté était touchée.

La véritable liberté

Ce fut probablement la plus grande leçon d’humilité de ma vie. Accepter que je n’étais pas « plus forte » que quiconque. J’avais aussi besoin des autres. L’illusion m’indiquant que je pouvais m’en sortir seule prenait fin.

Je suis un être humain avec ses limites et si je respecte mes propres limites, je serai libre.

Elle était là cette véritable liberté.

Dans le respect de mes propres limites.

J’étais sortie tant de fois de ma zone de confort ces vingt dernières années que me donner le droit d’apprécier ma zone de confort était … difficile.

J’avais tendance à vouloir faire de ma vie une suite de tant de choses exceptionnelles, inoubliables et vivre des instants incroyables, que réaliser des choses différentes et relever tant de challenges était presque devenu «ma drogue ».

Ce puissant choc m’a envoyé un message formel :

Il n’est pas nécessaire de sortir constamment de ta zone de confort pour être heureuse. Aucun besoin non plus de prouver quoique ce soit à qui que ce soit — tu t’es assez prouvé de choses à toi-même.

Après des tonnes de livres et de vidéos, coaching et développement personnel, j’en ai eu la nausée. J’en ai eu assez de me poser tellement de questions et de « chercher sans cesse ». Un jour, un ami m’a lancé ces mots qui ont eu l’effet d’une gifle :

« Sommes-nous vraiment prêts et avons-nous vraiment envie de trouver ce que nous cherchons ? »

Cette phrase a eu un effet radical : j’ai arrêté de chercher et j’ai commencé à vivre.

J’ai lâché prise sur tous les objectifs que j’avais fixé. Plus de pression, plus de buts à atteindre, de réussite ou de challenge à tenir.

La libération.

Je me suis autorisée à être heureuse.

Bien sûr, j’ai toujours des projets et créations en cours.

Ils sont simplement différents, car

la joie est placé au centre et cela a changé ma vie.

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7 Commentaires
  • JOSSEAU
    Publié à 16:20h, 20 juin Répondre

    très beau récit. Nous devrions toutes et tous prendre conscience de vivre davantage au moment présent. La vie serait beaucoup plus simple et joyeuse.

    • sarah.zendrini
      Publié à 16:31h, 20 juin Répondre

      Merci beaucoup. C’est vrai.. c’est si puissant d’être dans l’instant présent !

  • Annajo Janisz
    Publié à 17:50h, 22 juin Répondre

    Merci de cet émouvant témoignage, Sarah, qui je pense résonnera dans le cœur de plus d’un.

    Cela fait étrangement écho (en fait pas si étrangement que ça puisque tout est lié et la synchronicité n’est jamais loin 😉 ) au billet que Sarah (tu sais, celle dont je t’avais parlé, l’autre blogueuse de Suisse aussi ^^) avait écrit il n’y a pas si longtemps que ça.

    Ce billet expliquait à quel point elle-même se sabotait avant de comprendre que « la vie de tout le monde » ou en tout cas, une vie chronométrée à la seconde et un boulot planplan, ce n’était pas pour elle.

    Qu’elle s’auto sabotait, tout comme toi, se niait en continuant de marcher (de courir !) sur une route qui n’était pas la sienne.

    Jusqu’à ce que tout bascule et qu’elle ouvre les yeux, enfin.

    Tant qu’on est dirigé par la peur, tout se complique.

    Les choses se « mettent en travers de notre chemin » mais si ce « chemin » n’est pas fait pour que nos pas l’arpentent… ?

    L’Univers nous montre des signes… Signes que l’on se refuse à voir.

    On se trouve des excuses, on « se fait une raison »…

    … Jusqu’à ce que, parfois, la « raison » a raison de nous et qu’on tombe malade.

    Parfois pour de bon.

    Tu as réagi à temps. Mais combien d’entre nous le font trop tard ?

    Pour l’amour de vous-mêmes, lecteurs qui lisez cette femme extraordinaire et admirable en tous points, ne réagissez pas trop tard.

    Que la plume qui vous transmet aujourd’hui son témoignage vous fasse ouvrir les yeux pour de bon…

    

…Maintenant !

    • sarah.zendrini
      Publié à 08:50h, 23 juin Répondre

      Mille mercis pour ton partage. C’est vrai que nous sommes de plus en plus à ouvrir les yeux sur nos vies et se poser les bonnes questions plutôt que de continuer d’avancer sans être heureux. La peur est le plus grand « fléau » par lequel nous sommes dirigés, c’est vrai. Je vais aller lire l’article de Sarah. Peut-être que tu pourrais nous partager ton expérience à ce sujet, car je suis sûre que tu as beaucoup à partager.

      • Annajo Janisz
        Publié à 22:14h, 23 juin Répondre

        J’aurais je pense, un livre en trois tomes (minimum !) à partager.

        C’est bien sûr l’un de mes projets, mais il faut encore que cela mûrisse et que je fasse la paix avec énormément de choses, que j’en pardonne énormément d’autres, aux autres qui m’ont fait du mal et à moi-même (nous sommes nos « meilleurs » ennemis bien trop souvent…..)

        Rien que d’écrire sur le sujet, ça me fait monter les larmes aux yeux. La peur m’a littéralement terrorisée pendant tant d’années…. Ça et la culpabilité.

        Maintenant que je me libère de plus en plus des deux, je me rends compte de tout le chemin parcouru, et à quel point il fut long et pénible.

        Encore un peu de temps doit passer. Tout est écrit dans mes journaux intimes, je n’aurai plus qu’à le réécrire. Ce sera très éprouvant de passer par tous ces moments à nouveau.

        Mais je passerai par là. La libération totale ne pourra se faire, pour moi, qu’en partageant avec le monde mon chemin rempli d’épines.

        Maintenant je m’aime, je me respecte — de plus en plus. Mais oh, comme je me suis détestée, comme je me suis fait mal, comme j’ai laissé les autres me faire du mal, inconsciemment, des années durant.

  • Healthy&green
    Publié à 15:12h, 24 juin Répondre

    Merci pour cet émouvant témoignage Sarah 🙂
    C’est marrant mais moi aussi je refusais les arrêts de travail malgré l’insistance de mes proches car je pensais que le problème venait de moi et que j’étais faible. Du coup, je redoublais de travail tous les lundis matin mais à un moment j’ai bien dû me rendre à l’évidence que je ne pouvais plus avancer.
    Je vais reprendre l’image du cheval mais lorsque le cheval est fatigué, il s’arrête et même si on continuer à le cravacher, il n’avance pas. A un moment donné mon corps n’a plus voulu avancer et je me suis résigner à me mettre en arrêt maladie.
    Aujourd’hui, je remercie mon corps de m’avoir dit « Non » car sans cela, je n’aurais pas eu la force d’entamer cette reconversion 🙂

    Healthy&green <3

    • sarah.zendrini
      Publié à 09:05h, 26 juin Répondre

      Merci beaucoup pour ton partage <3 Heureusement que notre corps réagit et que tu as su l'écouter aussi..! Ce sont parfois des cadeaux cachés... J'ajoute qu'on peut te retrouver sur http://www.healthyandgreen.fr pour ta nouvelle passion & profession !

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